20/10/2018

La Glace et le Sel (1)

Je le sens se promener sur moi, sans la moindre précipitation, avec une lenteur presque majestueuse, en territoire conquis ; la peau de mon cou tressaille au contact de ce qui longe ma gorgepour glisser soudain vers ma poitrine, en toute liberté.
J'ouvre les yeux sans savoir où je suis, qui je suis. Je vois le plafond, je peux sentir le soleil sur le bois. Le poids de la chaleur sur le pont.
Les objets qui ne sont pas fixés dérivent sur les surfaces dans un murmure. Le son du mât qui fend l'air me parvient atténué par la distance, et j'imagine facilement les voiles enceintes du vent.
Je ne porte aucun vêtement, je me suis déshabillé pendant mon sommeil sans m'en rendre compte.
Je touche ma peau et plus encore.
J'observe le bout de mes doigts, humides.
Voilà ce qui m'a réveillé: la sueur qui s'écoule lentement de mes pores, sa route de sel sur mon corps.
Peau liquide, huile vive.
nous avons quitté la route de la glace, nous ne la retrouverons qu'en rentrant dans le Golfe Cascogne, à deux jours de l'Angleterre et de la fin du voyage.

José Luis Zarate