Jusqu’ici j’ai rencontré beaucoup de tordus, de pas très
solides, légèrement fêlés, mais toujours parfaitement adaptés. La plupart des
gens savent très bien mentir avec leurs dérèglements internes, leurs
débordements intérieurs. Et c’est heureux, il ne manquerait plus que chacun se
laisse aller à donner en société la mesure de ses délabrements !
On sait que le monde est un asile immense, au bord du chaos,
toujours. Cette maison de fous gigantesque tient à peu près parce que l’immense
majorité s’en remet à un mensonge collectif raisonnable. On ne se dit jamais la
vérité, jamais, ce serait un carnage. Et c’est précisément ce qui caractérise
la folie. Elle ne ment pas. Elle dit sa vérité inouïe toute crue. C’est pour ça
qu’on enferme les fous. C’est la raison pour laquelle il faut les enfermer,
l’organisation du monde n’est acceptable que par le mensonge. Par la quiétude
et la fiabilité du mensonge.
Collapse/ Brigitte Comard