Ils n'étaient pas avec nous cette nuit. Il ne se sont pas réconciliés. Stéphanie a aimé Évariste, ou du moins s'est-elle entichée de lui, et puis elle en a aimée un autre [...] Et bien qu'elle eut pris soin de l'avertir - Ne plus penser à des choses qui ne sauraient exister -, je suis sûr que les jours suivants, et les nuits aussi, il ne fît qu'y penser, à ces choses et ces yeux bleus, ses cheveux auburn (c'est ainsi que je l'imagine, mais il se peut aussi qu'elle fût blonde et qu'elle eût les yeux verts), aux fureurs secrètes, au corps à corps endiablé (En définitive on ne sait pas si avec elle il coucha comme un jour, peut-être, je coucherai tout cela sur papier, mais j'espère de tout mon cœur que tu l'as fait, Évariste, ne serait-ce que quelques secondes, et le cas échéant je veux croire que dans ces quelques secondes tu as connu l'infini de la jouissance, et que ta vie, l'espace d'un court instant, a pu te paraître un peu moins misérable que le 25 mai 1832). Ce jour-là, il envoie une lettre à Auguste Chevalier. De cette lettre je ne me rappelle que 3 phrases.
Comment détruire la trace d'émotion aussi violente que celles où j'ai passé. Comment se consoler d'avoir épuisé en un mois la plus belle source de bonheur qui soit dans l'homme, de l'avoir épuisée sans bonheur, sans espoir, sûr qu'on est de l'avoir mise à sec pour la vie ?
F-H Désérable. Evariste