07/07/2010

Nous n’y étions pas encore…


…Deux canaux à l’entrée de ce port de départ vers l’infini clair et serein. Celui de droite se perdant dans les entrelacs d’un village dominé de remparts et clochers. L’autre gris mais lumineux fait d’une eau jaune bordée de bâtisses à la pierre blanche.
Nous optons pour rallier bâbord, le canal lumineux.
Canal d’eau douce mais périlleux pour de jeunes gens se rêvant marin. Les courants sont forts, les muscles se bandent et notre image se dissous lentement rejoignant le pâle horizon boréal.
Ellipses et flash back. * Que j’eusse été…fus…suis désormais…ne me suis pas vu devenir.*
Ce voyage me préparait donc à ça: Un croissant de sable primitif. Brûlant et salé. Les maux thoraciques, palpitants et angoisses avaient pourtant disparus, mais nous n’y étions pas encore. Nous nous étions donc trompé. Je t’avais donc laissé derrière moi avec les hauts sommets verts et les tentes Les paroles vaillantes
Ce soir, maintenant, je suis physiquement vide sur cette place entouré de réverbères éteints, comme sur ce croissant de sable. Ce soir tout implique ces fins..Ici avec vous, un relent de lucidité accentue ce sentiment. Le sens des idées, des rêves. Quelque chose se termine rationnellement et gangrène des pans entiers de vie. Des Fins constatées avant l’heure ou bien après coups. "Beaucoup de choses se terminent, sont en fait terminées depuis longtemps, ou ne tarderont pas".
Effectivement. Je vais rentrer et me poser sans rien attendre. Peut-être me laver. C’est tout. Me laver. Laver mes pieds, mes bras, pleurer sous la douche, en constatant le simple réconfort d'une toilette, le savon et une main pour prendre soin d'un corps fatigué... il reste au moins ça. Sa propre main rassurante pour dire "ce n’est peut-être pas si grave, tout ira bien...ne t’inquiète pas?".
Tout implique aujourd'hui une fin, constatée avant l'heure de façon prémonitoire, constatée beaucoup trop tard aussi parfois. Ici, l’été importe peu et ne soulage pas. Il se terminera bien assez vite lui aussi. Seuls comptent ces derniers temps les scrupules nés de paroles vaillamment prononcées, les regrets vis à vis de ce que l’on a seulement envisagé.
L’abandon, la honte, la solitude naissent de ces timings défectueux de ces lenteurs.
Me rendre compte que ce soir, j’ai fait en sorte d’oublier de te dire au revoir,
Me rendre compte que tu n’as de ton côté sûrement pas fait exprès d’oublier,
Que tu ne m’en tiennes même pas rigueur me tue. Qu’on n'ait pas ri.
(tout ça n'avait de l'intérêt que parce que tu étais là)

Ce soir, plus rien ne suffit. "Faire bien" n'existe plus et "Faire au mieux" ne console pas. "Faire avec" agresse et les sourires tristes arborés essoufflent. Loin de soi finalement, on ne se connaît plus, on laisse faire ces ignorances, pour s’évanouir doucement. Loin de soi. Ce que je t’ai fait subir cet été là, je le subirai ce soir donc, ainsi que tous les étés prochains, sur ce croissant de sable, loin des paroles vaillamment prononcées, des hauts sommets verts, et des tentes...
(Nous aurions pu avoir pourtant une belle réserve de printemps)