
Voilà ce que Leroux entend et voit. Du calme et de la mesure. Comme si c'était de la mesure que les gens voulaient. Dans cette pièce, personne n'est là pour vérifier la pondération et l'équilibre des mots, des gestes et des projets. C'est le rêve que tous attendent, Que Considerant déballe tout. Entendre ce que pourrait être de vivre une autre vie, voir les contours, tout cela suscite l'envie, le désir de ne pas se contenter de l'ombre, ou pire ce qu'il resterait de l'ombre. Ce sont les morceaux de joie à venir qu'ils veulent deviner, bien que ça claironne un peu, même si c'est imprécis, car ce n'est pas la précision qui compte, ni même les parties démonstratives, professorales et déprimantes.
Était-ce le manque de quelque chose qui les tenait prêts à tout quitter pour beaucoup de promesse? Son-ce les mots de Considerant qui parfois agissaient, son talent, comme s'il savait, qu'il s'était glissé dans leur cœurs et dans leurs esprits, saisissait ce qu'étaient les vies que certains menaient ou justement, ce qu'elles n'étaient pas ? Celle de Leroux par exemple, une vie constituée de travail et d'inquiétude, solitaire, avec l'idée que la vie est une toute petite vie et que l'on se prépare à une mort tout aussi insignifiante. Considerant avait du talent et les hommes étaient prêts, et lorsque l'on est prêt, on trouve beaucoup de talent à celui qui pourrait nous emmener, nous sortir de cet endroit où on vivote. Leroux possédait une ferme , il était paysan, et celle-ci le tuait. Il n'était ni pauvre, ni riche, mais était épuisé tout le temps pour parvenir à ce résultat.
Le Bruit des Tuiles / Thomas Giraud