Des Puces Méduses sautent le long des lignes, sur les rambardes d'autoroute, d'un arbre à un autre, silencieuses, elles dévalent des montagnes en arrière plan pour suivre puis dépasser les voitures à des vitesses aberrantes.
Elles tracent elles même les contours d'une matière temporaire, trainées d'arcs lumineux et colorés, jaune souffre, rouge sang, bleu perdu ; et ces projections retombent au sol, s'affaissent et recouvrent lentement le paysage de nos pères.
On n'y prête que peu d'attention, l'étonnement du départ, relatif au mystère entourant leurs origines, a disparu avec nos habitudes de vie, avec les rires des enfants qui s'amusent à les suivre des yeux autant que possible (mais pas longtemps, elles s'esquivent au regard très vite ! Et elles restent intouchables, depuis le début...)
Elles se mêlent au trafic, aux lumières des villes, aux fumées d'usines, aux brumes toxiques, elles suivent même les avions dans le ciel ! Et dilatées par la faible pression elles observent les passagers dormir à des kilomètres d'altitude au dessus de turbines rugissantes.
Témoins flottants des vitesses et du temps elles fondent une chape nouvelle à chaque passage, derrière chaque souffle de moteur... Avec des sédiments de vies accélérées, elles commencent à dessiner des vallées, des enchevêtrements géologiques, des nœuds de roches inconnus, plaines infinies et lacs insondables.
On s'habitue à elles, mais naturellement, leur nombre augmente.
Puis ça devient inquiétant, peut être grave...